Les propos du Pape en Afrique

Tribune : Aberration ou manipulation ?

• Article publié le : 05 avril 2009. Auteur : Patrick NDJOM

Comment comprendre les vives réactions suscitées par les propos tenus le 17 mars 2009 par le pape Benoît XVI sur le sida en Afrique ? Au vu de certaines études scientifiques, l'opinion du Saint père ne semble pas aussi aberrante qu'on a pu l'entendre. Pour certains lobbies du Vatican cependant, cette polémique constitue une aubaine...

S'exprimant au nom de l'Eglise mais aussi en son nom à lui, voici l'idée développée par Benoit XVI ce jour-là : « L’on ne peut vaincre ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. S’il n’y a pas l’âme,… on ne peut résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs : au contraire, cela risque d’augmenter le problème ». Où réside l’aberration ?

Les études scientifiques, notamment celles de James D. Shelton, du Bureau for Global Health, US Agency for International Development et d’Edward C. Green du Centre pour les Etudes de la Population et du développement d’Harvard ont établi une relation entre l’accès facilité aux préservatifs, leur usage plus fréquent et des taux d’infection par le virus du sida plus élevés. Ils l'expliquent par le phénomène de « compensation du risque ».

L'expérience probante de l'Ouganda

Ainsi lorsque l’on a recours à une « technologie » de réduction du risque de transmission des maladies comme le préservatif, on perd souvent le bénéfice lié à la réduction du risque par une « compensation » qui consiste à prendre davantage de risques qu’on ne l'aurait fait en l’absence de cette technologie. Aussi, une campagne de santé publique ciblée uniquement sur l'utilisation du préservatif maintiendrait des pratiques sexuelles à risque.

Pour Benoit XVI, la solution passerait par un « double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c’est à dire un renouveau spirituel et humain et le second, une amitié vraie,… au prix aussi de sacrifices et de renoncements personnels ».

L’expérience de l’Ouganda – seul pays en Afrique où ont été associées dans les années 1990 des politiques de promotion du préservatif à celles de la fidélité et de l’abstinence (programme dit ABC : Abstain, Be faithful and if you must use condoms) – présente de meilleurs résultats lorsqu’on associe un changement de comportement de sa sexualité et l’usage du préservatif.

D’ailleurs, dans le programme de l’ONU pour réduire le nombre de contaminations figure comme solution de retarder l’âge du premier rapport sexuel, de s’abstenir sexuellement, de réduire le nombre de partenaires sexuels, et d'user régulièrement du préservatif…

Lobbies progressistes au Vatican

Si les propos du Pape semblent pouvoir se justifier, comment expliquer tout ce brouhaha médiatique intervenu autour de cette idée ? On pourrait penser aux différents lobbys qui ont intérêt à prôner le préservatif comme unique moyen de prévention. Mais les attaques pourraient tout aussi bien provenir de l’intérieur même du Vatican !
En effet, depuis le Concile Vatican II en 1963, l’Eglise se trouvait dans un état préoccupant que la mort de Jean-Paul II n’a pas arrangé. Le seul cardinal qui semblait avoir les « épaules » pour assumer la tâche pontificale était le cardinal Ratzinger, parce qu’il pouvait redresser l’image morale et ecclésiale du prêtre. De plus, il comblait les attentes du courant conservateur et pouvait être considéré comme un pape de « transition » pour les progressistes.

Mais son engagement à sortir l’Église de son état d’« ouverture » au monde moderne pour lui faire retrouver un état de réforme a heurté les libéraux qui sont entrés dans « l’opposition ».

Celle-ci, inquiète, mène une véritable résistance ouverte à Benoît XVI, notamment par la parution de livres « manifestes » comme Conversations nocturnes à Jérusalem. Sur le risque de la foi, de Maria MARTINI. Elle est composée de pointures ecclésiastiques dont Monseigneur Guido MARINI, le cardinal Achille SILVESTRINI, le cardinal Walter KASPER et le cardinal MARTINI. Pour caricaturer, car les frontières de ce camp sont mouvantes, on peut dire que ces membres de « l'opposition » se caractérisent par leur ouverture à l’universalité, l’importance moindre qu’ils attachent aux bases doctrinales, leur remise en cause de l'encyclique « Humanae Vitae », ou encore leur volonté d'admettre les divorcés remariés à l'eucharistie… Leurs positions trouvent un large écho au sein de la société, quelque soit l’appartenance religieuse.

Quelles sont alors les marges de manœuvre pour les réformes liturgiques, doctrinales et politiques de Benoit XVI quand on sait que les trois papes de l’après-Concile ne se sont jamais complètement identifiés à un courant idéologique ?

Il est vrai que Jean XXIII disait que le pasteur suprême de l’ensemble de l’Église devait être « le pape des deux bords, ceux qui ont le pied sur le frein et ceux qui ont le pied sur le gaz », mais les guerres internes que se livrent certains responsables de l’Eglise ne fragilisent-elles pas les fidèles et ne décrédibilisent-elles pas l’institution ?



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Les propos tenus dans cette tribune n'engagent que son auteur et en aucun cas la responsabilité d'Afrikan'Heure.