© 2009 Claire TOMASELLA - Afrikan Heure.
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TRIBUNE
Vers des « Etats-Unis d’Afrique » ?

• Article publié le : 01 mars 2009. Auteur : Claire TOMASELLA

Les Etats-Unis d’Afrique, une utopie ? Pas si sûr. La conférence de l’Union Africaine (UA), qui s’est tenue à Addis Abeba (Ethiopie) le 1er février 2009, a relancé l’idée d’une Afrique fédéraliste.

Tout d’abord en nommant à sa tête le président libyen Mouammar KADHAFI, fervent partisan d’une Afrique unie. Ensuite, en actant la création d’une Autorité de l’Union africaine, instance exécutive censée remplacer l’actuelle Commission de l’Union africaine.

Le nouvel organe serait composé d’un président, d’un vice-président et de secrétaires et verrait ses compétences élargies : un gouvernement africain dont la taille et les fonctions restent à étudier. De quoi tout de même réjouir Mouammar KADHAFI qui œuvre ardemment depuis plusieurs années au renforcement de l’Organisation de l'unité africaine (OUA).

Le « Guide » libyen est déjà à l’origine du remplacement de l’OUA par l’Union africaine en 2001. Il tente désormais de convaincre ses homologues de passer à l’étape suivante, celle d’un continent fédéraliste. Les « Etats-Unis d’Afrique » seraient dotés d’une monnaie unique, d’une armée et d’infrastructures communes.

Leurs ressortissants posséderaient un passeport africain leur permettant de circuler librement sur le continent. L’objectif déclaré reste le développement d’une Afrique dont la recomposition politique mettrait fin aux divisions héritées de la conférence de Berlin*.

Si l’idée est alléchante, la réalité l’est moins. La velléité du nouveau président de l’UA laisse songeur. Le tropisme antidémocratique de celui qui a acquis le pouvoir par un coup d’Etat et veut désormais s’imposer comme "le roi des rois traditionnels d'Afrique" est acquis.

En outre, l’opportunisme du promoteur du panarabisme trouve un nouveau lieu d’expression dans cette conversion au panafricanisme. Une manière de jouer la carte du Sud face à la menace que constitue l’Union pour la Méditerranée.

Plus généralement, la réalisation de ces « Etats-Unis d’Afrique » se confronte aux réticences de pays prônant une union progressive, passant d’abord par une intégration régionale, celle de Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ou de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC).

Sans compter les souverainistes soucieux de conserver leurs prérogatives nationales. Le cri impératif « L’Afrique doit s’unir », lancé par le père fondateur du panafricanisme Kwame NKRUMAH est toujours d’actualité. Il risque de le demeurer encore quelques temps.


*Lors de la conférence de Berlin en 1885, l’Afrique fut divisée et partagée entre les pays européens.